#IStandWithAhmed

La semaine dernière, pour illustrer les liens du dimanche, j’ai publié la photo de mon fils qui lisait la dernière catalogue de Selectronic. Il adore ce catalogue, mais comme beaucoup d’autres catalogues aussi – jouets, vêtements, nourriture – il va jusqu’à les piocher dans notre bac de recyclage. Les circuits et les composants exercent une fascination spéciale sur lui. [Il s’est même mis à collectionner d’anciens SIMs… parce que ce sont des puces.] Il faut éventuellement que je dise ici qu’une partie de mes cours de DI comprend ce qu’on pourrait appeler la technologie créative : on code, on examine des algorithmes, on fabrique des robots de papier, on crée des structures, on fait des circuits et capteurs simples avec du graphite et du papier alu. On joue avec des Arduino et autres WeIO… [Je tiens à remercier ici Carmen qui a été assistante en titre sur ces cours, mais beaucoup plus dans la réalité.] Mais voici pourquoi je reçoit des catalogues de kits et composants électroniques à la maison.

Un jour lors d’un repas, mon fils nous a demandé comment faire des robots. On lui a expliqué que c’était un métier, qu’il y avait des études pour. Dans le lot, on lui a parlé de MIT. “Alors je ferai MIT,” il a dit.

Pour l’instant, il connecte des batteries sur des lampes et des moteurs, et laisse ses Lego partout où je peux leur marcher dessus.

Voilà pour le contexte.

Il s’avère que Selectronic a vu la photo, l’a trouvé charmante [comme nous, mais nous ne sommes pas neutres], et m’a demandé la permission de la reposter sur leur page Facebook. Nous avons discuté avec mon fils et il a dit “Oui”. Il en était même ravi.

Cette histoire aurait pu s’arrêter là si, par la suite, deux choses ne s’étaient pas produites.

Tout d’abord, Selectronic nous a contacté pour dire qu’ils voulaient faire un cadeau à mon fils pour le remercier. Nous n’avons rien dit, et aujourd’hui un carton est arrivé. Il l’a ouvert ce soir pour découvrir un kit starter autour d’une carte Uno. On a sorti chaque pièce de la boîte pour l’examiner, le nommer, expliquer [ou deviner] sa fonction. Il ne va retenir qu’un pourcent de cette information pour l’instant, mais comme je devine qu’il va vouloir y ‘jouer’ encore et encore, ça va finir par rentrer. Il a déjà fait une liste de toutes les choses qu’il veut fabriquer : un robot [bien sûr], un jeu, une guirlande lumineuse [ou das blinkenlights pour les geeks], un détecteur de mouvements, un détecteur de lumière… Nous avons discuté de ses projets, et rappelé quand, avec sa sœur aînée, nous avons fabriqué un récepteur radio avec des objets trouvés dans la cuisine [sauf le diode à cristal que nous avons acheté].

Donc si mes enfants, ou mes étudiants, veulent faire des choses bizarres avec des bouts de fils et des circuits, je les encourage fortement. Peut-être qu’ils ne feront pas MIT pour étudier la robotique, mais ils auront au moins cette culture maker/hacker de base essentielle pour vivre et créer dans notre siècle.

Mais la deuxième chose qui a explosé cette semaine-ci a été l’histoire d’Ahmed Mohamed, exclu de son école à Texas aux États-Unis, parce que – là-bas – ils n’avaient pas cette culture hacker/maker. Et donc un enfant qui apporte un truc à l’école qui ressemble aux bombes qu’on voit dans les films ne peut vouloir le faire que parce qu’il veux faire peur. Il est clair que personne ne pensait vraiment que son horloge était une bombe pour de vrai parce qu’à aucun moment ils n’ont évacuaient l’école et les alentours. On est en plein dans la Comédie sécuritaire. Parce qu’Ahmed a un nom qui ne sonne pas couleur local, parce qu’il est basané comme ‘tous ces terroristes’, parce que sa famille a immigré depuis le Soudan, etc., on le menotte devant ses paires et le sorte de l’école. [Nota: il est intéressant de voir les supports qui ont recadré cette fameuse photo de lui dans son t-shirt de la NASA pour, justement, cacher les menottes.] Il est suspendu, inculpé [de quoi ?], et son horloge confisqué.

La situation s’est [heureusement] retourné pour Ahmed avec jusqu’à le président Obama qui l’a invité à une prochaine fête de la Science à la Maison Blanche, le prochain Maker Faire de New York et MIT qui l’a invité pour une visite. Le hashtag #IStandWithAhmed a explosé sur Twitter et Facebook. Le fondateur de Littlebits, lui aussi d’origine arabe, veut lui envoyer des composants pour l’encourager…

Si ça clignote, c’est une bombe…

En aparté, il est intéressant de voir l’évolution de ces sur-réactions périodiques que rencontrent les hacker/makers. En 2007, Star Simpson a été arrêté [par des policiers armés qui pointaient leurs armes sur elle] à l’aéroport de Boston parce qu’elle portait un système de LED, le genre qu’on peut trouver chez Adafruit, de sa propre fabrication. Elle a été condamné à un an de liberté surveillé. Aussi en 2007, et aussi à Boston, Peter Berdovsky et John Stevens ont été arrêté pour avoir placé des LEDs qui representaient la figure d’un Moonite de la série câblée Aqua Teen Hunger Force. [À noter que cette campagne a aussi eu lieu dans les villes de New York, Los Angeles, Chicago, Atlanta, Seattle, Portland, Austin, San Francisco, et Philadelphia, sans incident…]. Dans un arrangement pour éviter des poursuites criminelles, Berdovsky et Stevens ont effectué 80 et 60 heures de service communautaire, et Turner Broadcasting – la maison mère de la série télévisée – a payé un dédommagement de US $2 millions. Pour ces incidents, il y a eu du bruit et des condamnations dans des cercles assez intimes, et sans effet. Mais pour Ahmed, on dirait qu’il y a eu un point de bascule dans la société plus large vers une plus grande acceptation de cette culture hacker/maker.

Je crois que c’est justement en encourageant l’initiative, la débrouillardise, l’esprit hacker/maker partout où il se trouve qu’on peut lutter contre les exclusions et les terrorismes, contre les racismes et les discriminations. C’est une culture de méritocratie.

Faisons en sorte que le design et le hacking/making servent à ouvrir les portes, que les Ahmeds à venir n’auront pas besoin d’être embrouillés dans l’ignorance des autres pour comprendre les possibilités qu’apporte la technologie.

Et pour finir sur une note personnel. Je suis britannique, comme je le rappelle de temps en temps pour excuser mes fautes de français. Mais mon grand-père maternel était égyptien ; il s’appelait, tant que je sache, Ahmed Selim.

#IStandWithAhmed

— Images d’entête : Ahmed Mohamed, son t-shirt de la NASA, ses menottes… / DR