Design est [aussi] langage

On cite souvent Paul Rand disant Design is Everythingle Design est tout, ou plus simplement, Tout est design. Il est important de rappeler l’éthique du design qui comprend des notions comme respect et écoute – que nous regroupons souvent dans le mot empathie : le fait de se mettre dans l’esprit de l’autre, mais aussi de comprendre sa souffrance.

Autour de moi, j’entends des gens, même des étudiants qui travaillaient récemment sur un brief pour le Centre Primo Levi, parler d’‘immigrés’, d’‘immigrants’ ou de ‘migration’. Le peuple d’Europe est devant un problème à l’échelle du continent, mais ce n’est pas un problème de migration, il s’agit de réfugiés, et la différence est important – critique même pour la vie de ces gens.

Le droit à l’asile et l’accueil des réfugiés est un droit, et un devoir, international, comme nous le rappelle l’UNHCR [l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés]. De parler de ces gens comme immigrés est une manière de nier les faits et nos responsabilités. Si nous ne pouvons pas améliorer la situation dans leurs pays d’origine [que, parfois, nos propres pays ont contribué à créer], nous avons un devoir d’accueil.

Les réfugiés sont des personnes qui fuient des conflits armés ou la persécution. Leur situation est souvent si périlleuse et intolérable qu’ils traversent des frontières nationales afin de trouver la sécurité dans des pays voisins, et sont par conséquent reconnus internationalement comme des réfugiés ayant accès à l’aide des États, du HCR et d’autres organisations. On les reconnaît ainsi précisément parce qu’il est dangereux pour eux de retourner dans leur pays et qu’ils ont besoin d’un refuge ailleurs. Refuser l’asile à ces personnes aurait potentiellement des conséquences mortelles.

Le terme réfugié est défini dans la loi internationale et les réfugiés sont protégés par cette dernière. La Convention de 1951 relative aux réfugiés et son protocole de 1967 ainsi que d’autres textes juridiques, comme la convention de l’OUA de 1969 sur les réfugiés, restent les pierres angulaires de la protection moderne des réfugiés. Les principes juridiques que ces documents énoncent ont été intégrés à d’innombrables autres lois et pratiques internationales, régionales et nationales. La Convention de 1951 définit ce qu’est un réfugié et souligne les droits fondamentaux que les États devraient leur garantir. Un des principes les plus fondamentaux énoncés par la loi internationale est celui voulant que les réfugiés ne doivent pas être expulsés ou renvoyés à une situation où leur vie et leur liberté seraient menacées.

La source de ce texte est ici.

Il est important aussi de se rappeler la situation dans laquelle se trouve ces personnes, ces familles…

Les seuls qui profitent de l’absence d’intervention globale européenne sont les passeurs et les trafiquants qui exploitent le désespoir des gens souhaitant assurer leur sécurité. Une coopération internationale plus efficace est requise afin de démanteler les réseaux de passeurs, notamment ceux qui opèrent à l’intérieur de l’UE, tout en assurant la protection de leurs victimes. Toutefois, aucun de ces efforts ne sera efficace si l’on n’offre pas plus de possibilités aux gens de venir légalement en Europe et de trouver la sécurité à leur arrivée. Des milliers de réfugiés risquent la vie de leurs enfants à bord d’embarcations de passeurs dangereuses principalement parce qu’ils n’ont pas d’autres choix.

Mais je vous conseille de lire aussi l’ensemble de la déclaration.

En tant que designers il y a des choses que nous pouvons faire – mettre nos capacités au service de la récolte de fonds, créer des affiches, des sites, des badges, des t-shirts, ou tout autre objet, pour sensibiliser les gens autour de nous. Mais il y aussi d’autres voies pour la solidarité qu’avec nos capacités et sensibilités de designer nous pouvons emprunter.

Et puis refusez des discours d’exclusion et d’amalgame. À nous aussi de surveiller notre langage. Dites ‘réfugiés’ et dites-le autour de vous, rappelez aux gens le sens et la situation. Rappelez l’urgence.

Je suis britannique [avec des origines aussi bien scandinaves qu’égyptiennes], même si j’habite dans ce pays depuis plus de trente ans. Carmen est colombienne. La famille de Florent vient d’Asie. Nous sommes des immigrés, et des enfants d’immigrés. Nous sommes des gens qui ont volontairement choisi de venir ici, et la France a choisi de nous permettre de rester, de créer des familles, de contribuer et donner en retour à notre pays d’adoption. Tout le monde n’a pas cette chance.

Post Scriptum : Dans BoingBoing un article à propos des illustrations que Molly Crabapple a fait pour le magazine Vanity Fair sur la vie de tous les jours en Syrie en état de guerre. Avec un rappel important : “Vivre sous ISIS ne veut pas dire que vous êtes forcément pro-ISIS. C’est pareil pour ceux qui vivent sur le territoire du gouvernement ou des rebelles. Beaucoup de gens n’ont pas les moyens pour partir […]”.1 Pour chaque réfugié qui arrive en Europe, il y a ceux qui sont morts sur le chemin, mais il y a aussi ceux qui doivent rester sur place, à subir les événements…

Pour finir, voici un lien vers la Croix Rouge française.

  1. Living under ISIS rule doesn’t necessarily mean you are pro-ISIS. It’s absolutely the same for people who are living under the government or rebels’ territories. Many people don’t have the money to leave (…)