Flâne, pour faire de l’écologie, il ne faut pas parler d’écologie

Le sujet de grand projet de Victorien portait sur une autre approche du transport urbain. Dans le cadre de la série d’articles que nous proposons autour du COP21, j’ai trouvé intéressant de demander à Victorien de revenir sur ce projet. Victorien nous propose deux articles. Le premier [aujourd’hui] porte sur le projet proprement dit, qu’il continue de poursuivre d’ailleurs. Le deuxième [demain] touche plus sur les notions plus larges qu’il a rencontré en travaillant sur son mémoire en préparation de Flâne. Vous pouvez suivre Victorien sur Twitter ou sur son site. — Jonathan

Flâne qu’est-ce que c’est ?

Regardez, sentez, explorez… Fuyez le bruit du trafic, les vapeurs des voitures, la chaleur de la foule pour partir explorer les parcs, les rues piétonnes ou les allées verdoyantes de Paris. Flâne est le kit de l’explorateur urbain avide de découvrir la ville sous ses traits naturels. Il vous aidera à vous orienter à travers la ville en préférant les parcs aux axes routiers.

Utiliser Flâne c’est pratiquer la mobilité désorientée. C’est-à-dire, fuir le diktat du précalculé. Non pas de se perdre comme on pourrait l’entendre d’un point vue négatif, mais de faire appel à nos sens pour nous orienter, nous déconnecter de l’écran pour concentrer notre attention sur l’environnement. Flâne, c’est une manière d’être assistée techniquement sur nos sens sans oublier de croire à l’humain et à ses capacités d’orientation. Flâne, c’est laisser la part au hasard et à la curiosité. Flâne, c’est valoriser le bien-être au lieu de la précipitation.

Regardez, sentez, explorez… Fuyez le bruit du trafic, les vapeurs des voitures, la chaleur de la foule pour partir explorer les parcs, les rues piétonnes ou les allées verdoyantes de votre ville. / Image : Victorien[.net]

Sur la pratique, Flâne se veut en opposition aux services de cartographie actuelle en n’informant que l’essentiel à son utilisateur : le cap de son voyage. À l’aide d’une boussole qui pointe vers la destination choisie, Flâne vous oriente sur la trajectoire à suivre. Avec une particularité, tout de même, cette boussole subit le magnétisme de points d’intérêt naturels : les arbres. Ainsi, si vous passez à côté d’un parc l’aiguille vous désoriente légèrement afin de vous faire passer par celui-ci. Vous flânez tout simplement.

Flâne se décline en une application mobile et une montre-boussole. Cette dernière, lorsqu’elle devient boussole, indique la direction de votre cap à l’aide de ses deux aiguilles, une fois synchronisée à l’application, vous pouvez laisser votre portable dans votre poche. Par la perte de vos repères, l’expérience devient spatiale et temporelle.

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Flâne / Image : Victorien[.net]

Mais nous ne nous égarons pas, Flâne n’est pas une solution pour ‘écologiste radicaux’. Flâne a été conçu pour Paris. Son objectif est de s’adapter à l’usage des citadins. Lorsque vous sortez du métro, à la simple saisie d’une adresse, l’aiguille de la boussole vous indiquera votre lieu d’arrivée. Une solution qui ne nécessite pas de vous orienter sur une carte et d’en uploader les contenus associés. Flâne se veut d’être une solution rapide et efficace utile à la vie de tous les jours.

Flâne souhaite inciter davantage les citoyens de Paris à pratiquer la marche avec cette finalité de trouver le chemin où le potentiel bien-être est le plus élevé.

La sensorialité durable au lieu du développement durable

Si vous vous demandez pourquoi cet article ne mentionne pas des termes tels ‘développement durable’, ‘écologie’ ou ‘émissions de CO2’, c’est qu’il reflète l’idéologie de Flâne… ne pas parler d’écologie !

Flâne se base sur la ‘sensorialité durable’, principe formulé par le Slow Movement, lors d’une conférence de la Slow Food Association1. La sensorialité durable consiste à faire appel aux sens dans l’expérience d’un produit ou d’un service afin de sensibiliser l’utilisateur au bénéfice d’une approche durable. L’objectif est que l’utilisateur capte les bénéfices sociaux, écologiques et individuels associés. En opposition aux mouvements environnementalistes caractérisés par l’autopunition, la sensorialité durable place le plaisir au centre du système, qu’il soit naturel ou artificiel, à travers la conscience critique et les valeurs éthiques de la culture Slow.2

Pour certains designers, architectes ou philosophes, la sensorialité durable est la clé à l’élaboration d’une ville durable. Dans les modèles de villes actuelles « lorsque les sens sont mobilisés, ce sont les aspects négatifs (exprimés en termes de pollutions, nuisances, risques, etc.) qui apparaissent »3 rappelle Théa Manola, docteur en urbanisme. L’enjeu de Flâne est de faire percevoir aux citoyens les bénéfices d’une ville durable sur leur bien-être personnel.

Comme le rappelle Olivier Oullier, chercheur en neuroscience à l’université d’Aix-Marseille : « les consommateurs jugent la protection de l’environnement primordiale, mais la perçoivent aussi comme un ‘truc’ contraignant de plus, qui s’ajoute à une longue liste : utiliser un préservatif, manger équilibré, faire du sport, se faire vacciner contre la grippe, etc. il convient donc de rendre plus facile l’adoption d’un comportement vertueux désiré par les citoyens eux-mêmes. »4 En incitant à une démarche écologique dans l’intérêt de notre propre personne, Flâne souhaite sensibiliser à la bonne pratique de façon invisible Dans la communication de Flâne, la part de l’écologie est faible, voire nulle, pour laisser place à des messages évoquant le bien-être, l’apaisement ou le sensible. En sollicitant les sens, l’observation et les capacités d’orientation, Flâne parvient à déconnecter les citadins de la technologie et à capter leur attention au profit de l’environnement.5

Vous êtes intéressé ? Le projet est en cours de développement et Flâne recherche des bêtas testeurs, alors rendez-vous sur flane.io.

  1. Slow Food Association, Slow+Design | Manifesto + Abstracts Slow approach to distributed economy and sustainable sensoriality.
  2. Slow Food Association, Slow+Design : Manifesto, third session, octobre 2006, p.20
  3. Théa Manola, La sensorialité, dimension cachée de la ville durable, septembre 2013
  4. Olivier Oullier, cité dans Les nudges : incitations vertueuses ou flicage invisible ?, Usbek & Rica n° 13, p.70
  5. David Banister, Urban Transport and the Environment, London, UK, Global Report on Human Settlements 2013, 2013