Pirater des articles scientifiques?

Mon mari est en thèse, du coup je gravite tout naturellement autour de ses préocupations : faire de la recherche, rédiger des publications, se faire “reviewer”, publier aux bons endroits, se faire citer, citer d’autres publications, aller aux conférences, rencontrer des chercheurs…

Il me parle aussi des bouquins qu’il achète et des publications qu’il ne lit pas parce qu’il faut payer une trentaine d’euros pour accéder au contenu – des fois une dizaine de pages – alors qu’il n’est pas sur de trouver ce qu’il cherche dedans, l’abstract n’étant pas assez clair.

J’ai lu un article de presse qui concerne Sci Hub, un site qui donne accès à des millions et des millions de publications normalement innaccéssibles à cause des prix imposés par les boites de publication comme Springler, Elsevier etc… De façon pirate évidemment, un peu comme the Pirate Bay pour la recherche scientifique selon l’article.

Elsevier aurait gagné en 2015 un procès contre Sci Hub aux États-Unis, demandant à Sci-Hub de fermer leur site et d’arrêter de distribuer les publications de façon illégale. Chaque article disponible sur le site équivaudrait à entre 750 et 150 000 dollars de pertes pour Elsevier. Avec un négoce aussi juteux, on comprend qu’ils fassent un peu la gueule.

Sci-Hub ne fermera pas pour autant. Ses locaux sont maintenant situés en Russie, loin du territoire des lois américaines.

J’en ai parlé à mon mari, qui s’est retrouvé dans une position où il ne savait plus trop quoi penser. Oui les publications sont importantes et l’accès est, certes, des fois trop cher.

Mais il y a des façons de contourner cela : accéder à la version non-copyrightée des publications. En effet, une pratique courante – même si ce n’est pas toujours le cas – consiste à publier un article chez une boite comme Elsevier et en même temps de publier de façon gratuite sur internet le même article afin qu’il soit accessible par un plus grand nombre. Des sites comme HAL répertorient des publications scientifiques de façon ouverte.

Sur Google Scholar, par ailleurs, on peut trouver les différentes ‘versions’ d’une même publication. Certaines sont accéssibles gratuitement alors que d’autres sont payantes. Et si on ne peut pas payer certains articles parce qu’il n’y a que la version payante de disponible, tant pis, on passe à autre chose.

On se demande, quand même, pourquoi publier dans ces boites privées alors que le but est de se faire connaître, de se faire citer. Pourquoi placer un mur entre le lecteur et celui qui publie? Et puis, les scientifiques ne sont pas payés pour chaque publication qu’il soumettent. Pire encore, des fois ils doivent payer pour se faire publier.

Alors à quoi bon Elsevier, Springler, IEEE? Et bien, à organiser les conférences, à publier des recueils et des magazines – même si internet les rend un peu moins utiles – mais surtout à donner une valeur scientifique aux publications, grâce aux “reviews” (critiques des paires).

Un système de “reviewing” est indispensables à la recherche scientifique : chaque article doit être lu, jugé et validé par des chercheurs spécialisés et très cités dans le domaine en question. Sans cela, la publication n’a pas de valeur scientifique… Malheureusement les “reviewers” ne sont pas toujours payés par les grandes compagnies de publication.

Conférences, impression papier, tout cela a un coût mais, comme le suggère le nombre de chercheurs qui boycottent ces institutions, le prix est excéssif même pour de grandes universités telles que Harvard ou Cornell. Et à modèle pervers, réponse exagerée : le piratage.

Si tout cela m’intéresse c’est évidemment parce que ça me touche de – relativement – près mais aussi parce que je vois là un problème à résoudre et une opportunité de designer des services qui correspondent aux différentes attentes des utilisateurs.